Plus de la moitié des Québécois (52 %) ont déjà goûté à une activité de bien-être — yoga, méditation, ateliers de ressourcement — au cours des cinq dernières années, selon Léger (2022). C’est donc dire que l’autre moitié n’as pas encore osé s’y tremper l’orteil, ou du moins, ne l’a pas fait depuis longtemps. En parallèle, on sait que le tourisme de bien-être est en plein essor ici comme ailleurs. Les retraites se multiplient, les formules se diversifient, la demande gonfle. On dirait que le monde entier cherche à reprendre son souffle.
Alors, pourquoi pas nous? Qu’est-ce qui fait qu’on reste d’un côté de la statistique, parmi ceux qui regardent encore tout ça de loin?
Essayer pour comprendre
Je vous avertis tout d’abord : ce texte sera plus personnel qu’à mon habitude, et aura un peu plus le ton d’une chronique. Ceci étant dit, j’ai envie de vous raconter qu’avant de plonger dans la rédaction du livre Se ressourcer, je n’avais jamais mis les pieds dans une retraite guidée. Mes parenthèses, je les trouvais ailleurs : dans un chalet, sur la route, en roadtrip. Je n’appelais pas ça des activités de bien-être. C’était des escapades, tout simplement, des moments où la nature, la route et le silence s’imposaient comme des antidotes. Je n’y collais pas non plus le mot « ressourcement ». C’était juste ma façon à moi de respirer.
Quand j’ai commencé à écrire ce livre documentaire, j’ai enfilé ma casquette de journaliste. Je voulais tester pour de vrai ce dont j’allais parler. Observer, noter, trouver du concret à raconter.
J’ai alors essayé un éventail d’expériences : séjourner seule dans une cabine minimaliste en forêt, sur l’eau ou dans un ancien couvent reconverti; passer un week-end guidé dans un monastère; partager une maison au bord d’un lac avec un groupe de femmes; participer à une séance de méditation ou à une classe de yoga; respirer à un autre rythme durant un exercice guidé ou en tentant de garder mon équilibre sur un paddleboard; me prêter au jeu du journaling ou à des ateliers créatifs différents. J’ai croisé des gens lumineux et passionnés. Des gens parfois en quête, parfois juste curieux. Et moi, crayon en main, je cherchais le tangible à raconter.
Au final, ce n’est vraiment pas le contenu à écrire qui a manqué. Mais j’y ai aussi trouvé autre chose, de plus fuyant et difficile à réduire à 200 mots. J’ai été surprise, parfois même déstabilisée. Et oui, c’est vraiment cliché de dire que ça m’a changée.
Mais c’est pas moins vrai pour autant.
Ça m’a aussi rappelé que, même si on croit être ouvert d’esprit, on classe et rejette certaines choses beaucoup trop vite, sans les connaitre ni comprendre vraiment.
«Pour moi, le ressourcement, c’est créer de l’espace, du vide.»
– Virginie Randrianarisoa, professeure de yoga au Couvent Val-Morin
Faire la guerre à la culpabilité
Ces retraites ont aussi bousculé ma façon de voir le temps que je m’accorde. Parce qu’on s’entend — et je m’adresse ici surtout aux mères — la culpabilité est comme un gros chewing gum collé en dessous d’une gougoune une journée de canicule. C’est vraiment difficile de s’en débarrasser.
Parce que franchement, pourquoi se ferait-on passer en premier aujourd’hui, alors qu’il y a un enfant qui coule du nez à la maison et un autre qui a un match de soccer un peu plus tard, que le linge s’empile un peu trop dans la salle de lavage et qu’on pense déjà aux lunchs de la semaine prochaine?
Pas facile de s’en aller pour se reposer sans culpabiliser, donc.
Mais ces retraites que j’ai testées m’ont appris l’importance de faire taire cette voix-là – ou au moins à en baisser le volume. Parce que ce moment qu’on s’accorde de temps en temps n’est pas un luxe, mais une nécessité. Un espace qu’on se crée, sans agenda, sans performance, sans bruit de casseroles ou d’aspirateur en arrière-plan.
Ça change tout, ça.
Ça permet de s’entendre mieux. De se retrouver un peu. De voir ce qu’on veut — et ce qu’on ne veut plus, aussi.
«Après une retraite, il y a un espace qui se crée pour changer une ou plusieurs petites choses.»
-Jocelyna Dubuc, fondatrice du Spa Eastman
Pourquoi le faire — ou le refaire
Alors, pourquoi tenter l’expérience? Peut-être pour souffler après une période intense. Pour mettre une virgule dans un texte de vie qui n’en finit plus. Pour écouter ce qui cogne à l’intérieur quand tout autour est vraiment bruyant. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise raison.
Sommeil amélioré, anxiété diminuée, résilience accrue : diverses études soulignent les bienfaits que les différentes activités de ressourcement peuvent avoir sur nous. J’ai envie d’ajouter par simple expérience personnelle qu’on en retire aussi souvent quelque chose de l’ordre de l’intime. Une clarté, une légèreté, l’impression de s’être un peu recentré. Ça peut être flou et discret, mais pas moins présent et important. Ça peut même être décisif, pour soi.
Si vous avez déjà tenté l’expérience, pourquoi réitérer? Parce qu’aucune retraite ne se ressemble. On n’y arrive jamais avec les mêmes bagages, illustrent souvent les experts en la matière. Et on y retourne comme on revient à une pratique. Pas par échec, mais parce que l’équilibre, ça s’entretient.